LA COULEUR : ELEMENT ESSENTIEL DU TAPIS ORIENTAL/PERSAN

  • LA COULEUR

    Jusqu’au XIXC siècle, les teintures sont exclusivement végétales ou animales : garance (très commune en Perse et répandue dans le Proche- Orient) ou cochenille pour le rouge et le rose, feuilles de gaude, racine de curcuma, sumac, safran, sauvage ou cultivé, voire peau de grenade pour le jaune, genêt pour le vert, indigo macéré et fermenté pour le bleu (une recette connue depuis l'Égypte antique), brou de noix, écorce de chêne pour le brun. Une teinture d’origine minérale, l’oxyde de fer, sert à obtenir le noir ; elle joue aussi le rôle de «mordant ››, comme l’alun, c'est-à-dire de produit qui aide la teinture à mieux pénétrer la fibre immergée dans le bain. Depuis au moins l’histoire naturelle de Pline l’ancien (23-79), l’usage des produits colorants fait l’objet de catalogues; suivant les recettes propres à telle ou telle région pour combiner et fixer les couleurs, on obtient le jaune doré du tapis persan Kerman, des teintes foncées au Béloutchistan ou Vives chez les Kazakhs. En Europe, les manufactures des Gobelins étaient célèbres pour la qualité de leur écarlate. Au XIX ème siècle, les chimistes s’efforcent d'extraire le principe colorant des plantes tinctoriales. Au cours de ses recherches, un jeune Anglais, Perkin, découvre et fait breveter en 1856 la méthode pour tirer un colorant de l'aniline, un produit lui-même extrait de l’indigo et découvert trente ans plus tôt par le chimiste allemand « Unverboden ». En oxydant de l’aniline impure avec du bichromate, Perkin obtient de la mauvéine qui donne notamment un coloris violet vif a la soie ou à la laine. S’en suivit en 1856 la fuchsine (rouge fuchsia), qui se combine avec l’aniline pour obtenir un beau bleu, et avec l’aldéhyde pour le vert. Pendant que se poursuit la course aux brevets les teintures de synthèse se répandent jusque chez les artisans orientaux Or l’aniline a plus long terme, se décolore et rétrécit la fibre des tapis d'Orient. Elle provoque une catastrophe industrielle dans le dernier quart du XIXème siècle et les autorités en Perse notamment, prennent des mesures pour en interdire l’usage. Les colorants chimiques modernes, largement utilisés même dans les tapis d'Orient artisanaux, sont maintenant beaucoup mieux maîtrisés.

    (source : "Les Routes du tapis" - Editions "Poche")

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